La vengeance de Khadidja, 7.

Où l’on découvre que Khadidja est prête à s’endetter pour faire payer son ex amoureux, et que l’équipe du FLEGME en a de grosses et peur de rien.

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Khadidja rencontre le FLEGME, un groupe d’activiste qui lutte contre le patriarcat. Alexandre diffuse une vidéo de leurs câlins dans son ancien lycée.

Mardi soir.
Éric lui a donné rendez-vous au Maxiphone à Montrouge, c’est tout proche des transports en commun, on peut fuir discrètement. Il porte des lunettes de soleil et une cagoule tour de cou qui masque une bonne moitié de son visage. Il pense être discret, mais c’est difficile de plus attirer l’attention. On dirait un suédois qui jetterait des cailloux pendant l’intifada.
Khadidja tourne et retourne la carte Finaref qu’elle a dans la poche. Elle a débloqué 10 000 €. C’est le prix de l’honneur pense-t-elle.
Ils ne parlent pas. Éric lance le réseau Tor et se connecte sur une plate-forme qui vend tous les précurseurs requis pour toutes les drogues connues. Y’a même des tutoriels, pour ceux qui auraient des doutes…
Éric prend la carte de Khadidja. Il achète des bitcoins, prend 10%, et donne rendez-vous à la citerne samedi soir à minuit, Porte Dorée, devant le bois de Vincennes.
Il dit, Done, puis Oublie-moi.
Il s’échappe à toutes jambes, tête en l’air pour repérer les caméras.

En sortant Khadidja croise le ninja blonde. Elle lui sourit, et juste en la frôlant pose une carte derrière son oreille.
On sera là samedi.
Elle regarde la carte, la tourne et la retourne. F.L.E.G.M.E. Pas d’indice. On dirait qu’elle fume.
Oui, la carte fume. D’ailleurs elle s’enflamme. Khadidja a les doigts qui chauffent, elle la jette dans le caniveau, en secouant vivement la main.

Samedi minuit.
Khadidja, Sawda et Aïcha terminent une fiole de Rhum coupé à un jus de fruit exotique. Elles portent des joggings sombres, des casquettes, des queues de cheval. Elles ont revêtu l’uniforme des gens qui veulent rester discrets et libres d’agir.
Elles rient.
Depuis deux heures elles lâchent toute la colère contenue et refoulée en dix-huit ans de patriarcat subi. Elles le font avec des mots, elles disent tout ce qu’on a pu leur imposer, et ça les fait marrer. Ironie cinglante.
— Attends, attends tu te souviens le jour où le binoclard pervers boutonneux a essayé de m’embrasser à l’arrière du bus. Nan mais jamais i’m touche lui. Tu te rappelles sa tête ? On aurait dit une mouche avec la peste.

Métro, ligne huit. Personne ne les importune ce soir, elles iraient s’entraîner au club de boxe, elles auraient les mêmes tenues.

Arrivée devant le musée de l’immigration, elles se font siffler.
Trois CRS féminins, même armure en kevlar, même blason rouge et lettres blanches, même équipement next-gen, Famas en bandoulière et le Sig-Sauer SP 2022 bien visible dans son holster. Juste une queue de cheval en plus, et le brassard orange F.L.E.G.M.E.
Les faux CRS les emmènent derrière trois fourgons stationnés, on dirait des vrais. Elles ont même allumé les gyrophares bleus, qui irradient dans l’obscurité de l’est parisien.
Khadidja ravale sa salive, elle ne rit plus du tout.
Elles sont douze, quatre par fourgon. Visages féminins sur des costumes guerriers.
Le ninja blonde parle enfin
Alors c’est le grand soir ?
Aïcha ne s’en laisse pas conter
Oui enfin on va pas non plus faire la révolution. On veut juste adoucir nos garçons. Voir comment ça ferait avec un peu moins de libido, un peu moins de poils, et un peu plus de seins.
Ahahah. Joli projet. On aurait pas pu penser pire. On va vous filer un coup de pouce. Tenez, enfilez les oreillettes.

Dehors elles entendent les crissements des freins d’un 33 tonnes. Trois activistes descendent d’un fourgon et arrêtent la citerne. L’une d’elle, cheveux courts, blancs décolorés, le corps d’un homme, lève la main. Le livreur s’arrête.
Elle s’approche de la cabine, elle lui demande de descendre, ses deux collègues se sont approchées, elles font bloc, l’une d’elle a sorti son tonfa et la manipule ostensiblement. Le chauffeur ne fait pas le fier.
La troisième sans doute la plus grande s’approche, elle soulève le routier de 100 kilos, le colle contre son camion, en serrant un peu au cou. L’autre lui enfonce 5 cm de matraque dans la bouche et emporte au passage quelques dents.
La première,
Dégage !
Aïcha,
Mais il a rien fait !
Tous coupables. Il bat sa femme.
Mais comment tu sais ?
Si ce n’est lui, c’est donc son frère.
La Fontaine ? Sérieux ?
L’activiste lui tire la langue

La géante lâche prise, le conducteur s’effondre. Coups de bâtons sur les jambes. Le chauffeur avance vers les rails du tramway sans réussir à se relever. Il glisse sur ses mains en regardant ce qu’il prend encore pour des policiers assermentés. Il finit par se lever, et disparait en courant.
Toutes les oreillettes crépitent,
O versus T, O versus T, step 2, migration QG enclenchée.
Devant Khadidja, une activiste tire sur sa combinaison, jusqu’à faire céder les scratchs et révéler une routière gironde, parfaitement crédible derrière le volant de sa citerne.

Le convoi se met en route, toutes sirènes hurlantes.
Elles arrivent dans un hangar de la zone industrielle de Créteil.
D’autres activistes les attendent, avec d’autres tenues. On dirait des plombiers. Caisses à outils, gants épais, chalumeaux et masques de soudure.
Les CRS décrochent la citerne et commencent à remplir trois réservoirs plus petits.
L’une d’elle prend la parole,
On y presque. On va former trois équipes qui vont cibler les trois terrains de foot. On prend les petites camionnettes de SOS Tuyaux, cette fois on la joue discret.
Khadidja, Aïcha et Sawda vous partez avec Inna sur le terrain d’Alexandre
.
Les autres, le reste.
— À mort l’hétéropatriarcat !
Comme un seul homme, le poing levé, elles répètent,
— À mort l’hétéropatriarcat !

Le terrain est désert, il est deux heures.
Mais le vestiaire est allumé.
Inna dit Merde, avec un accent ukrainien prononcé.
On va faire bruit. Lui sortir, moi endormir lui.
C’est suffisant pour se faire comprendre.
Les trois jeunes femmes donnent des coups sur les parois et effectivement un homme bien portant et vieillissant arborant les couleurs de son association sportive pointe le bout de son nez.
Khadidja entend un sifflement strident, et poc. C’est la fléchette d’un pistolet vétérinaire qui vient de se planter dans le cou du bénévole. Il les regarde surpris, titube, et s’effondre.
Inna,
Vite, vite, pas temps. Vous portez lui derrière.
Khadidja, Aïcha et Sawda s’exécutent comme elles peuvent. C’est lourd un bedonnant endormi.
Inna ne perd pas de temps et attaque la plomberie. Elle a emmené un système hydroponique goutte à goutte, elle cale le bidon d’œstrogène derrière le cumulus, et camoufle le tout derrière une plaque de taule blanche.
Les filles arrivent juste à temps pour observer l’ingénieux distributeur.
Inna se retourne et sourit
Bien fait !
Khadidja se demande si c’est la dérivation de la tuyauterie qui est bien faites ou la vengeance expéditive. Vu l’air satisfait d’Inna, elle opte pour la première hypothèse.
Derrière la camionnette Inna ouvre huit bières.
Elles trinquent en riant, Inna mime les coqs qui se transforment en poules.
Maintenant nous arroser lui avec alcool. Lui croire lui bourré quand réveille.
Effectivement elle lui vide un peu de bière sur le tee-shirt rouge et bleu du club, et dispose en évidence les cadavres préalablement vidés autour de lui.
Inna les raccompagne chez elles, pas un bruit dans la voiture.

Une fois à l’internat, en pyjama, blottie au fond du lit, Khadidja se met à pleurer. Elle revoit le chauffeur du camion. Elle revoit Éric qui se cache des caméras. Le bénévole et son visage piqué comme un animal. Toute cette violence, Khadidja se sent coupable.

Le lendemain c’est dimanche. Alexandre et son équipe joue contre les Panamboyz United.
Le FLEGME est dans les gradins, en tenue de ville, avec Khadidja, Aïcha et Sandra.
Alexandre se prend un méchant 7-0, il rentre au vestiaire, dégoûté de s’être fait promener par des pédés.
Les filles exultent.
Sous la douche, ils vont prendre leur première dose d’œstrogène…

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