La vengeance de Khadidja, 6.

Où l’on découvre que parfois les ninjas sont blonds, et que certains garçons adorent partager leurs trophées piratés.
Où l’on peut constater que la satisfaction égotique et rapide se soucie peu de la fureur d’un père.

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Khadidja a quitté l’appartement de ses parents, son père n’accepte pas la bague à son doigt. Pourtant Alexandre est odieux, il refuse de la voir. Elle lui jette sa bague en pleine figure

Dorénavant Khadidja vit seule.
C’est dingue, elle se sent libre. Musique à fond quand les lycéens sont au réfectoire. Elle danse en petite culotte…
Tard le soir sa Mati lui manque. La nuit elle revit le final clash avec son père, les promesses non tenues d’Alexandre.

Elle se rapproche de Cécilia et Nathalie, les trois amazones de Math-Sup. Elles n’ont peut-être pas de passé commun, mais en parlant, elles se rendent bien compte qu’elles ont les mêmes difficultés pour s’imposer dans un monde d’hommes.
Mêmes mains baladeuses.
Mêmes soirées, mêmes garçons à peine pubères et déjà si peu respectueux.
Mêmes petits pics accumulés sur leur désir d’ingénieurE.

Dimanche soir elle reçoit un mail bizarre.
C’est signé F.L.E.G.M.E., Front de Libération des Égéries par le Gavage Médicamenteux et Endocrinien.
En gros, ça dit qu’il existe un groupe de militantes féministes qui veille sur les femmes en situation compliquée, qu’elles ont repéré son cas grâce à une hackeuse qui fait du data-learning sur tous les emails échangés en Europe grâce à un piratage du système de surveillance de la NSA. Et que quoi qu’elle fasse, elles seront là pour l’aider.
Elle pense que c’est une blague.
Elle tape F.L.E.G.M.E. sur Google, et tombe sur une association de lesbiennes à Montpellier.
Cryptique.

Mardi matin. Deux heures de philo avec le prof fasciste.
Elle a vu un médecin, qui lui a prescrit des pilules blanches pour la boule dans son ventre. Il a dit d’en user modérément, alors elle en prend deux.

Le prof a pas l’air de vouloir l’embêter.
Un peu après la pause, elle entend du bruit dans le couloir. Des cris.
Puis la porte s’ouvre. Son père entre dans la salle de cours. Il est tout rouge. Khadidja a les yeux qui sortent des orbites. Il crie en arabe.
— Arwah, arwah ! (Viens ici, viens ici)
Personne ne comprend dans la classe.
— Ana goulek arwah ! (Viens ici j’te dis)
— Otrhol l’dar ! (Tu rentres a la maison)
Le prof goguenard, apparemment ça l’amuse.
Son père arrive près d’elle, et l’attrape par les cheveux.
Khadidja se met à hurler. Son père s’en fout, il tire, il l’enlève, il va la sortir de force.

Le prof se lâche, Ah enfin ! Merci mon bon monsieur, débarrassez nous de l’immigrée Halal !
Cécilia et Nathalie, outrées, figées.
Passé la stupeur, elles comprennent. Cécilia sort une bombe au poivre de son sac, et asperge généreusement le père de son amie. Il lâche prise. Il se frotte les yeux. Plus aucun cri, blanc court et surréel.
Une ninja blonde pénètre par la fenêtre.
Elle porte une combinaison noire, un masque sur la bouche, des cordes, des poches pleines et nombreuses, une queue de cheval.
D’un bon, elle vole à côté de l’agresseur.
Un geste, elle l’enserre d’un baudrier.
Un autre, elle fixe une corde au mousqueton.
Elle dit, Alpha 2, gros bourdon neutralisé. Lancez l’extraction.
La corde se tend, le père est évacué par la fenêtre. La Ninja bondit sur le rebord. Elle lance une carte vers Khadidja, et saute dans le vide. Elle disparaît.
Khadidja, sonnée regarde la carte,
F.L.E.G.M.E.

C’est le prof qui brise le silence.
— Ah vous êtes toujours là ? Tant pis. Reprenons.

Midi.
Les trois jeunes amies partagent un repas frugal. Khadidja reçoit un message vidéo de sa meilleure amie au quartier.

Sawda – 13:04
Alexandre est un connard. Regarde ce qu’il fait tourner au lycée.

Khadidja hésite. La matinée a été riche…
Un doigt suspendu au-dessus du téléphone.
Elle clique. Elle se voit de dos. Elle reconnaît ses cheveux, ses hanches, ses fesses, le string en dentelle. Elle chevauche son ex petit ami. Elle entend sa voix, ses gémissements. On voit nettement son visage à lui.
Tout remonte, tout est là, tellement présent. Elle se souvient de tout. Sa main sur ses seins. L’odeur de sa peau.
La vidéo s’arrête.
Elle comprend tout.
Elle dit, Papa…
Elle pleure.
À chaudes larmes.
Cécilia et Nathalie l’entourent, la câlinent, la cajolent.
Khadidja se lève d’un coup. Le visage fermé.
— J’ai besoin d’Éric.
— Éric le geek ?
— Oui, lui.
Elle scrute le réfectoire. Elle le voit, elle lâche tout, elle y va.

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