La vengeance de Khadidja, 2.

Où l’on apprend que Khadidja est amoureuse, et que quand le chat est dans le désert, les souris boivent du Royal Soda.

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Khadidja est une jeune femme musulmane pratiquante qui bosse dur à l’école et admire l’abnégation de sa maman. Elle voudrait une vie un peu différente…

Khadidja, elle a de la chance, elle a pas de grand frère. Personne sur le dos. Son père veille un peu. Il crie. Tout le temps. Pour rien. Comme s’il avait oublié qu’on pouvait échanger avec tact et douceur. Alors Khadidja se déplace comme sur des coussins d’air. Elle plane au-dessus du sol. Elle connaît par cœur chaque latte du parquet vieilli du salon. Elle a appris la discrétion. C’est une réponse adaptative à ce père hurlant.
Elle s’efface.
Seule dans sa chambre, elle disparaît.
Mais même là parfois il vient la chercher.
Elle s’est résignée.
Elle attend le printemps, il part chaque année quelques mois chez son frère à Béchar, en Algérie. Elle y est allée une fois. Elle s’est amusée avec ses cousins. Quand son père s’en va, elles sont tranquilles.

Devant le lycée Khadidja aime bien sentir dans son ventre la chaleur quand elle parle avec Alexandre. Ils rentrent côte à côte en RER, sans parler, juste lui, sa présence. Elle a comme des frissons. C’est la douceur de lui.
Alexandre c’est un mec du quartier. Il traîne en bas des tours, avec les autres. Mais il est gentil. Ils regardent The Vampire Diaries. Ils s’embrassent devant Nina Dobrev et Ian Somerhalder sur le lit dans sa chambre.
Elle le trouve beau. Elle caresse son visage quand il est allongé sur le dos. Avec ses doigts elle dessine sur sa peau. Elle connaît tous ses trésors, chacun de ses grains de beauté.
C’est dur de parler avec Alexandre.
Ils rient beaucoup. Elle croit qu’elle devine plus qu’ils n’échangent vraiment.
Il dit qu’il est musulman, mais sa mère, Tifaine, elle est catholique.
Il dit qu’il est musulman, alors il mange pas de porc, mais elle l’a jamais vu faire la prière.
Ils ne veulent pas faire l’amour, mais parfois c’est dur.
Un jour Tifaine était au boulot, et le prof de sport était absent. Ils sont rentrés. La cité dormait encore. Ils étaient seuls. Le soleil du matin perçait la baie vitrée du salon. Ils étaient nus, c’était le printemps, Khadidja son père était pas là depuis deux mois. Un moment elle a senti ses doigts, le feu en elle, starf’allah, elle a eu peur. Elle a fermé les jambes. Ils se sont rhabillés en riant.

Alexandre il aime pas trop quand elle est trop belle. Il dit que c’est pour la maison. Mais Khadidja elle aime bien être jolie. Les yeux cernés de Khôl. Un mini short. Une robe. Un rouge à lèvres. Il devient comme fou. Il veut pas qu’elle sorte comme elle veut. Ils se disputent. Elle a toujours un pantalon de jogging dans son sac. Elle l’enfile. Alexandre il fait pas S comme elle. Il prépare un bac pro, il apprend les voitures à 20 minutes, à Fernand Léger, tout près des tours en fait. Elle arrive au lycée, elle enlève le pantalon avant d’entrer. Tout le monde est content.

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